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Le maternage proximal, et ce qu’il nous en reste

Quand j’ai su que j’allais devenir maman, je me suis rapidement intéressée de très près au maternage proximal, une philosophie éducative qu’on pourrait définir comme un ensemble de pratiques et d’outils destinés à répondre au mieux aux besoins (sécurité, attachement) de l’enfant tout en créant un lien très fort entre le bébé et ses parents. Parmi ces différentes pratiques citons l’accouchement naturel, l’allaitement long et à la demande, le portage intensif, le cododo, l’hygiène naturelle infantile, la diversification menée par l’enfant, l’éducation non-violente ou encore l’utilisation de couches lavables. J’ai lu énormément de choses sur le sujet, que ce soit dans des livres ou sur des forums. J’étais convaincue du bien-fondé de ces pratiques ; il me semblait même qu’elles étaient nécessaires au bon développement de l’enfant. Je me devais donc d’allaiter mon fils, il fallait que je refuse l’utilisation de la poussette, j’ai craché sur le démon des couches jetables et j’ai raconté à qui voulait l’entendre que mon bébé ne dormirait pas tout seul, quelle idée. Bon. Aujourd’hui, cela fait près de 11 mois que je me confronte chaque jour à la « vraie vie de maman » et que je réalise que non, toutes ces pratiques ne sont pas faciles à mettre en place. Et j’irais même jusqu’à dire, et c’est là l’objet de cet article, que parfois elles ne sont pas nécessaires. Que parfois, c’est un peu trop.

Vous en trouverez, bien sûr, des mamans qui réussissent parfaitement leur allaitement, qui portent avec aisance sans se briser le dos et qui laissent leur enfant piocher dans leur assiette de la façon la plus naturelle qui soit. Moi, non. Moi, j’ai galéré dès le début. Je ne vais pas revenir sur le pourquoi du comment j’ai foiré mon allaitement, cela fera peut-être l’objet d’un autre article, toujours est-il que le Radis a rencontré son premier biberon alors qu’il n’était âgé que de 7 semaines. Je me rappelle avoir pleuré en lui donnant et avoir eu honte à la pharmacie en demandant une boîte de lait en poudre, un peu comme une ado qui viendrait acheter des préservatifs, si vous me permettez la comparaison. Quelques semaines plus tard, c’est le Dieu Portage qui est un peu tombé de son piédestal lorsque j’ai acheté ma première poussette. Depuis, j’ai investi dans un nouveau modèle et je n’ai plus honte de le dire : je l’aime tellement, ma poussette !

Au début, ce fut très dur, et je me suis sentie mauvaise mère. La maternité était pour moi un échec complet ; là encore, un article sur le sujet serait peut-être le bienvenu mais j’ai été très déprimée, pour ne pas dire dépressive, durant les premiers mois de vie du Radis. Je me sentais isolée, abimée, je ne remettais pas, tant physiquement que mentalement, de mon accouchement et le ratage de mon allaitement ainsi que l’abandon du portage n’ont fait qu’ajouter à mes difficultés du moment. Aujourd’hui encore, j’ai un pincement au cœur lorsque je vois une maman allaiter ou porter son bébé et je me demande pourquoi il a fallu que je traverse toutes ces épreuves alors que pour d’autres cela semble si facile.

Et puis, petit à petit, j’ai remonté la pente et j’ai fini par lâcher du lest. Je n’ai pas abandonné mes principes ; j’ai accouché sans péridurale (même si, quand j’y pense, je le regrette), je reste vegan, je fais attention à ce que je consomme et je tiens à inculquer à mon fils des valeurs de respect et de tolérance. Nous partageons toujours la même chambre, lui dans son lit, le Capitaine et moi dans le nôtre, nous pratiquons la motricité libre assaisonnée de Montessori dans notre vie de tous les jours, l’éducation non-violente reste notre priorité absolue et notre fils consomme avec plaisir des purées, soupes et compotes bio faites maison. Et pourtant. Cela fait déjà plusieurs semaines que je suis repassée aux couches jetables ; il faudrait que je décrasse nos couches lavables, mais je n’en ai vraiment pas le courage. Concernant les jouets et les vêtements, il m’arrive (très) régulièrement de craquer sur du neuf ; et OUI, je donne des sous à H&M, à Eveil&Jeux et à Verbaudet. Et je suis également incapable de le laisser gérer son alimentation de façon autonome, en le laissant choisir dans mon assiette (même s’il le fait aussi, j’ai besoin de contrôler ses apports alimentaires, et je prends un grand plaisir à lui préparer ses repas). Suis-je une mauvaise personne pour cela ?

Petit à petit, en discutant avec différentes personnes qui me connaissent toutes plus ou moins bien, j’ai compris qu’un enfant heureux et épanoui ne se limitait pas à la mise en place bête et méchante de pratiques prédéfinies. Alors c’est vrai, il paraît que le portage favorise le contact et stimule le développement des organes du bébé. C’est vrai aussi que l’allaitement protège des allergies et de tout un tas d’autres choses, et ce jusqu’à l’âge adulte. On dit aussi que la diversification menée par l’enfant lui permet d’avoir un rapport plus sain et plus ludique à la nourriture. Sauf que. Sauf qu’un bébé et une maman, ce sont deux personnes, qui forment un couple fonctionnant en symbiose. Que parfois, tout n’est pas aussi simple, et que parfois les événements de la vie font qu’on doit faire avec ce qu’on a. J’ai longtemps pensé que j’étais une moins bonne maman parce que j’utilisais une poussette, par exemple (pour l’allaitement, je reste extrêmement blessée d’avoir échoué mais je sais que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, jusqu’à l’épuisement le plus total). Aujourd’hui je sais que le portage n’est pas pour moi, rapport à mon dos défaillant, et que par conséquent il n’est pas non plus pour mon bébé. Maintenant que j’ai compris ça, j’ai arrêté de me flageller. Enfin, disons que je me flagelle un peu moins, parce que j’imagine que c’est un peu le propre d’une maman, ça, de se remettre sans cesse en question.

Vous le verriez, mon fils. Il est dodu, il est beau, il rigole tout le temps et il fait des sourires à tout le monde. Quand je le regarde, dans sa poussette, emmitouflé avec son bonnet sur la tête, une couche jetable sur les fesses et un biberon de Modilac riz et une compote faite maison dans le ventre, je me dis que finalement, je n’ai pas raté. Je fais simplement ce que toutes les mamans du monde font : de mon mieux. Et c’est déjà énorme, croyez-moi.

 

 

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14 réponses à “Le maternage proximal, et ce qu’il nous en reste”

  1. Larissa dit :

    Merci pour ce message très beau parce que très honnête. Oui, on fait de notre mieux, et nos enfants aussi. Et non seulement c’est déjà énorme, mais c’est finalement l’essentiel.

  2. VeganPower dit :

    Punaise mais tu es top toi ! Pour moi tu gères, tu fais selon ce que tu ressens et tu le fais bien car ce p’tit là pète le feu et se porte comme le pont neuf !
    Tu ne le portes pas ? Et alors, si c’est pour te péter le dos à 35 ans et regarder ton fiston dans une chaise, bah merci quoi ! Puis tu sais quoi, plus tard, si tu lui raconte tout ça, il te diras « mais voyons m’man, fallait pas te tuer, j’vais bien regarde, on est ultra liée, on a pas eu besoin de ça pour notre bonheur. Puis les couches lavables, bah oui c’est top, canon et tout, t’as assuré dans le choix, mais bon, si ça t’as saoulé, c’pas grave, le tout c’est que mon petit cul restait clean. »
    Je suis plus que certaine qu’il te dira ça, oh ça oui !

    T’es une bonne maman ma cocote, et je suis très très émue de te lire, avec pas mal de pincement au coeur pour toi aussi ♥

    Des bisous à demain ♥

  3. coco cinelle dit :

    Alors là, je dis bravo! tu as ecrit tout haut ce que beaucoup de mamans vivent tout bas! Allez, sois fière de toi, cet article est un GRAND PAS. Moi, je m’étais tournée vers le maternage, à cause des couches lavables, je trouvais ça débile de connaitre les chiffres, la pollution, tout ça, et de continuer à se servir des jettables. Puis, j’ai eu un bébé. Et là, ma foi, je me suis dit, bon, on va déjà commencer par essayer de la maintenir en vie, pour l’écologie, on verra plus tard. Résultat, je ne suis jamais passée aux lavables (j’en avais pourtant acheté quelques unes, je les ai encore, toutes neuves!) et j’ai tenté les lingettes lavables: à chaque fois, ma naine se retrouve avec une irritation. Alors tant pis, les principes, c’est bien beau, mais dans la « vraie vie » ben on fait ce qu’on peut, comme tu dis si bien!!! et moi, je trouve que tu gères quand même de t’y tenir à lui faire du fait maison à ton petit bout, sur ce sujet là, j’ai complètement laché l’affaire. En tout cas, j’espere que pendant tout ce que tu as traversé, je ne t’ai pas tenu des propos involontairement trop culpabilisants.

  4. Léti roulette dit :

    Et bien moi je vous ai trouvé très chouettes tous les 3, une merveilleuse famille, unie, soudée, respectueuse les uns des autres…
    Je me suis sentie sereine en votre compagnie, vous dégagiez tellement d’amour ! Et crois-moi, d’habitude je passe plutôt mon temps à redouter la réaction des parents vis-à-vis des enfants (je ne vais pas te faire de dessins…).
    Là, non, c’était simple, naturel… bref, j’aime.
    Merci de me faire tant rêver !

  5. Laure dit :

    La DME je n’ai jamais fait comme ça non plus, déjà parcequ’un bb a ses besoins propres (sel déconseillé pour ses petits reins etc etc puis éventuelles traces de salive avec microbes de grands berk lol) et que ce qui est dans nos assiettes ne convient pas forcément, je ne trouve pas que ce soit une mauvaise chose de leur « apprendre » que tout n’est pas ok pour eux (genre la tasse de café de papa ou la sauce épicée), même Ly a encore des plats encore différents des notres, chacuns ses goûts et ses besoins.
    Ca nempêche pas de proposer des finger foods pour le côté ludique, de mettre à disposition de petits trucs à attrapper /goûter/choisir si tu veux, ou de laisser trainer la corbeille de fruits.
    Pour le reste être une bonne maman c’est être à l’écoute des besoins de son bébé (plus ou moins intenses selon l’enfant), en effet c’est pas suivre à la lettre un mode demploi, car même quand on sait ce qui est bon, ce n’est pas toujours évident de l’appliquer, on fait parfois des co**eries tout en le sachant, on a nos limites, nos automatismes, parfois du burn out, se sentir nulle ne sert à rien.

  6. Enfant végé dit :

    Bel article nuancé et sincère :)
    Tu as raison, la meilleure preuve que ce que tu fais est SUFFISANT (et non pas parfait, c’est impossible), c’est de voir que ton fils pète la forme et est super heureux! Pour mon fils, je me dis la même chose quand, face à des discours radicaux sur le maternage, je commence à culpabliser de ne pas avoir pu l’allaiter, de l’avoir posé plus souvent dans son transat que dans un porte-bébé, ou de l’avoir mis à 5 mois dans sa propre chambre. Il est tellement épanoui que ça n’a pas pu lui nuire.
    Et puis une maman en forme et heureuse, qui respecte ses propres besoins, ça compte aussi énormément pour le bien-être du bébé.

  7. celia1806 dit :

    Bonjour;
    On culpabilise beaucoup les meres, mais je pense que le plus important c’est d’etre une personne heureuse et attentive a son enfants, l’education non violente, le respect de l’autre c’est l’essentiel…Le reste c’est du bonus. Ne pas allaiter ce n’est pas la fin du monde et puis le portage c’est bien quand c’est agreable aussi pour le porteur. La c’est une question de santé et puis y’a le papa aussi! Si maman a mal au dos mais que papa lui n’a pas de probleme a ce niveau qu’es qui empeche qu’il porte? Peut etre que les meres veulent trop en faire et que investir un peu plus les peres est une solution a envisager. En tout cas j’en ai jamais entendu aucun se flageler parceque il n’avai pas fait la compote et les biscuits maison, veiller a l’equilibre alimentair ou pas prit de conger parental…

  8. Sandrine dit :

    Bravo et merci pour ce très bel article. Je pense que tu as entièrement raison en disant que chaque duo maman-bébé est unique donc qu’il a ses propres solutions, qui ne rentrent pas forcément sous une étiquette « maternage proximal » ou autre. C’est toi qui sais, qui sens ce qui est le mieux pour vous. Ton bébé, lui, sent que tu respectes au mieux ses besoins tout en faisant au mieux pour toi, et je suis sûre que ça suffit à le rendre zen. Alors qu’une maman super stressée pour (essayer de) faire le grand chelem de la maman parfaite, ça doit plutôt angoisser le bébé à mon avis… Alors ne regrette rien ! De toute manière tu as fait de ton mieux pour tout concilier, c’est ça être une maman parfaite ;).

  9. Grenadine dit :

    Quand je suis née, on a fait arrêter l’allaitement très vite à ma maman parce qu’elle est tombée malade, antibios et tout ça. Du coup, biberons très vite, pas du tout ce qu’elle avait prévu. Mais ça ne l’a pas empêchée d’allaiter les deux suivantes autant qu’elle le voulait. Bon, je ne sais pas pourquoi tu as dû arrêter, mais ça marchera peut-être mieux la prochaine fois :)
    Et comme tu le dis, se flageller ne servira à rien, nous on appelle ça du double gâchis ! Y a déjà un truc qui se passe pas comme il faudrait, pas la peine en plus d’en rajouter et de se sentir mal à cause de ça. Hakuna matata quoi. (oui, c’est facile à dire quand on n’est pas concerné :D )

    Personnellement, je n’ai toujours pas d’avis tranché sur les enfants, pour l’instant je me fiche un peu d’en avoir ou pas (je pense que je serai heureuse avec ou sans), mais je suis sûre que je serai une maman très contente d’être maman et aussi très très angoissée à l’idée de devoir tout faire parfaitement. Alors que c’est pas possible. Et je ne suis même pas sûre que ce soit souhaitable d’ailleurs… peut-être que c’est bien aussi se tâter, de se tromper des fois, et surtout de pas s’en vouloir à mort à chaque erreur/concession parce que c’est pas une poussette qui va ruiner la vie d’un Radis.
    Ma maman ne s’est jamais inquiétée de rien (mais VRAIMENT hein, même pas quand l’une de nous nouvelle-née a eu un problème cardiaque juste après l’accouchement), je crois qu’elle a toujours fait comme elle le sentait le mieux et ça marche bien aussi de pas se prendre la tête du tout, les enfants grandissent à peu près normaux :) Encore faut-il avoir le caractère pour, c’est sûr. Je n’en ai pas hérité, hélas :D

  10. Fleur dit :

    Comme a dit feu Winnicott (pédiatre et psychiatre), il ne faut pas être une mère parfaite, mais « une mère suffisamment bonne » !
    Tu as l’air d’être à l’écoute, attentionnée et aimante, jackpot ;-)

  11. Caro dit :

    Bravo pour cet article émouvant!

  12. Le plus important pour tout c’est je pense aussi que c’est de trouver ce qui convient le mieux au bébé ET à la maman (et au papa). Et faire comme on peut dans notre société où on est tellement isolé, chaque jeune coupe de parents chez lui à essayer de comprendre comment s’en sortir sans avoir vu allaiter et donner les soins au quotidien comme ça se fait dans les endroits du monde où c’est la communauté qui se relaie autours du bébé, les anciens prenant cette utilité, les grands enfants apprenant ainsi à s’occuper d’un bébé. Pas besoin de se demander comment s’occuper de bébé ET faire le reste vu qu’il y a d’autres bras disponibles. Tout un village pour élever un enfant…
    Moi j’ai eu la chance d’être très bien entourée et conseiller pour l’allaitement car j’ai eu de gros moments de questionnement de doute, ce n’est pas le cas de tout le monde tres loin de là :( je porte avec plaisir dans certains cas, pour d’autres la poussette est bien plus pratique et bébé aime beaucoup y être. J’ai prévu de faire des purée et compotes maison avec mon robot spécial bébé offert d’après la liste de naissance. J’achète le plus possible d’occasion mais pas toujours. J’utilise du lavable mais pas encore les couches, déjà trop de choses à gérer après la naissance. Pas d’HNI de prévu. J’ai accouché à domicile et j’en suis ravie. Je suis vegan mais pas le papa donc la DME sera sûrement quand bébé voudra manger ce qu’il y a dans l’assiette de son père… Bref l’important ce n’est pas de penser qu’il y a une bonne facon de faire mais de connaître tout ce qui existe et de piocher dedans en fonction du moment.

  13. maternage dit :

    Vive le maternage, qui respecte l’enfant c’est une très bonne éducation pour faire évoluer votre enfant sans complexe sans violence etc ..

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